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"Nous avons commencé à évaluer nos immeubles pour connaître leur résilience au risque climatique", Nehla Krir de BNP Paribas REIM

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"Nous avons commencé à évaluer nos immeubles pour connaître leur résilience au risque climatique", Nehla Krir de BNP Paribas REIM

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 05/10/2021

Les dégâts engendrés par l’enchaînement de catastrophes naturelles poussent les acteurs financiers à se pencher sur la capacité d’adaptation au changement climatique de leurs actifs. Nehla Krir, directrice RSE et développement durable de BNP Paribas REIM, explique que la société de gestion passe en revue l’exposition aux risques physiques de tous ses actifs pour pouvoir, en 2022, décider de leur sort.

Les événements climatiques se sont enchaînés cette année, entraînant des dégâts matériels coûteux. Comment travaillez-vous pour adapter vos immeubles à ce risque ?

C’est un sujet que l’on commence à travailler et qui va nous occuper en 2022. Nous devons évaluer le risque climatique auquel chacun de nos actifs est exposé. Il faut pour cela identifier les impacts possibles d’événements climatiques, les mesurer et les chiffrer. Nous sommes en train d’identifier des partenaires pour nous y aider.

Il faut être capable, par typologie d’immeubles, de faire des projections pour dire, par exemple, que tel entrepôt sera exposé à un risque d’inondation, de forte chaleur, etc. Puis nous devrons décider soit de vendre les actifs trop exposés, soit d’anticiper des travaux d’adaptation. Nous faisons une analyse poussée dès que nous achetons un immeuble, donc on ne s’attend pas à être exposés à de très gros risques. Mais nous avons commencé à évaluer nos immeubles pour que, début 2022, nous puissions connaître leur résilience et leur exposition au risque climatique.

C’est une tendance qui se dégage car ce sont des enjeux que l’on vit aujourd’hui et non plus des risques que l’on croyait à long terme. C’est là le vrai changement de paradigme et cela va nous amener à avancer beaucoup plus vite.

Faites-vous évoluer votre gamme de fonds pour la rendre plus durable ?

J’ai été nommée il y a un an et c’était une création de poste. Beaucoup de choses avaient déjà été faites, mais il fallait structurer et muscler notre démarche. Nous devons notamment revoir notre stratégie et nos process en raison du règlement SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation). 

Depuis cet été, nous accélérons le passage de nos fonds vers les articles 8 et 9 du règlement SFDR et, pour cela, nous devons renforcer les objectifs durables de nos fonds. Les investisseurs institutionnels nous adressent régulièrement des demandes pour des produits article 8 et 9, ce qui explique notre stratégie ESG à 2025. 90 % de nos fonds seront catégorisés durables à cet horizon et 70 % le seront déjà dès l’année prochaine. Nous allons donc beaucoup utiliser le label ISR immobilier dans les prochains mois.

Qu’implique l’obtention du label dans la gestion de vos immeubles ?

Le référentiel et la démarche pour obtenir le label sont très ambitieux, chaque société de gestion doit être capable de démontrer ses engagements. Nous avons pour notre part quatre nouveaux fonds qui visent le label d’ici le premier semestre 2022. Cela demande un travail considérable car il s’agit d’immeubles existants pour lesquels nous devons adapter la stratégie et les dépenses qui leurs sont liées, et accompagner les locataires pour pouvoir obtenir le label. Cela nécessite une communication accrue avec les parties prenantes. 

La première vague de labellisation a concerné les sociétés de gestion bons élèves, qui ont élaboré des grilles de notation ESG exhaustives. Je pense que cette année, on va voir une simplification de ces grilles ESG pour aller vraiment vers l’essentiel. À terme, la question se posera, si la majorité des fonds immobiliers l’obtiennent, de revoir les critères. 

Est-ce que le label permet d’attirer les épargnants ?

Notre OPCI Diversipierre est labellisé et nous avons effectivement observé une accélération de la collecte suite au label. L’obtention du label fait que le produit a pu être distribué par d’autres gérants spécialisés dans les gammes ISR. Mais on voit que les épargnants demandent de l’épargne plus responsable. Nos réseaux sont de plus en plus questionnés sur le sujet.

Nous avons par ailleurs un produit dans la catégorie dite "article 9", il s’agit du fonds à impact EIPF (European Impact Property Fund) que nous avons lancé en décembre 2020. Il a pour stratégie d’être aligné sur l’Accord de Paris et vise une réduction de 40 % des gaz à effet de serre sur l’intégralité du portefeuille en dix ans. Ce fonds investit dans de l’immobilier logistique, des commerces et des bureaux existants, dans toute l’Europe, et nous prévoyons pour chaque actif des dépenses d’amélioration et un dialogue avec les parties prenantes.

Est-ce que cela nécessite des grilles d’analyse différentes des biens immobiliers ?

Oui, nous apprenons à travailler avec de nouveaux experts sur le marché. En phase de due diligence, nous avons peu accès à l’information, donc il faut pouvoir dire à l’avance quelles actions nous devrons mettre en place pour réduire de 40 % les émissions d’un immeuble, comme le changement d’éclairage, l’installation de panneaux solaires, etc. Après, il faut valoriser ces capex climat dans les prix de vente. C’est quelque chose de nouveau qui nécessite de nouvelles compétences. ■

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