"Nous devons aujourd’hui intégrer les sujets de résilience des bâtiments à leur impact carbone", Nathalie Bardin, Altarea

Nathalie Bardin, directrice du marketing stratégique, de la RSE et de l'innovation d'Altarea. , @Altarea

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"Nous devons aujourd’hui intégrer les sujets de résilience des bâtiments à leur impact carbone", Nathalie Bardin, Altarea

Par  Novethic, Arnaud DUMAS|Publié le 07/04/2022

C’est un secteur qui multiplie les risques en termes d’expositions aux événements climatiques et d’impact sur la biodiversité, auxquelles s’ajoutent l’évolution des modes de vie, surtout après la pandémie. Nathalie Bardin, directrice marketing stratégique, RSE et innovation d’Altarea (marques Cogedim, Pitch Immo, Woodeum, etc.) explique comment le groupe doit se transformer pour y faire face.

Le secteur de l’immobilier est directement exposé aux effets du changement climatique. Comment faites-vous pour vous y adapter ?

La réglementation sur l’immobilier a beaucoup évolué, elle est de plus en plus contraignante. Le secteur immobilier génère environ 25 % des émissions de gaz à effet de serre en France, notre responsabilité a donc d’abord porté sur le volet énergétique. Mais, avec la Réglementation Environnementale 2020 (RE2020), nous devons désormais intégrer l’impact carbone et le confort d’été. Aujourd’hui, nous travaillons donc sur les sujets de réduction de notre impact carbone et de résilience aux pics de chaleur, aux inondations, aux tempêtes, etc. C’est une réflexion qui va changer de façon structurante nos métiers.

Cette réflexion passe également par les usages. En l’occurrence, si on réfléchit plutôt au niveau du quartier que de l’immeuble, notre action est vertueuse. L’idée est de créer une logique de mutualisation pour réduire l’impact individuel et collectif sur le territoire. Pour cela, il nous faut réfléchir aussi bien à de nouveaux matériaux, de nouvelles constructions que de nouveaux usages pour "consommer" la ville de manière plus vertueuse et frugale. Nous essayons ainsi de développer la notion "d’intensité d’usage". Par exemple, le parking d’une entreprise qui est inoccupé le soir et le week-end, pourrait être utilisé pour d’autres activités pendant ces périodes.

Le concept de "ville du quart d’heure" est d’ailleurs une vraie tendance. Les gens veulent habiter en ville, mais dans ce type de lieux mixtes, qui réunissent sur un même site des logements, des bureaux, des commerces, des espaces publics, etc. Ces projets mixtes permettent d’optimiser l’utilisation des sols, mais aussi la gestion de l’énergie et des transports. Nous en avons une douzaine en cours, dans des métropoles françaises. Le prochain à être livré sera Issy cœur de ville, à Issy-les-Moulineaux, avec notamment une forêt urbaine et 70 % d’énergies renouvelables pour alimenter l’ensemble du quartier.

Comment faites-vous pour prendre en compte la biodiversité dans vos projets ?

Pour nos projets de promotion immobilière sous notre marque Cogedim, nous faisons intervenir un écologue en amont pour faire un diagnostic des trames vertes, bleues et brunes sur 100 % de nos projets. C’est une évolution de notre métier qui doit intégrer la nature, une nature utile qui participe au bien-vivre en vile. Une autre façon de recréer de la pleine terre, c’est notre partenariat avec Carrefour pour transformer certains hypermarchés situés en périphérie qui se sont fait rattraper par la ville. À Nantes, par exemple, le site de l’hypermarché va devenir un nouveau quartier intégrant des logements, des commerces en pied d’immeuble et un super marché Carrefour. Il y aura des espaces végétalisés et des surfaces de parking remises en pleine terre. C’est une forme de réponse à l’objectif de zéro artificialisation nette.

Qu’est-ce qui vous pousse aujourd’hui à vous transformer ?

Ce sont avant tout les réglementations qui sont de plus en plus contraignantes. Elles sont aussi bien nationales, comme la loi climat et résilience, qu’européenne, comme la taxonomie. Mais il y a également les standards du marché. Les investisseurs nous demandent en général des bâtiments avec une double certification, en général HQE et Breem, et nous essayons quant à nous d’aller au-delà de ces standards. Nous testons par exemple le label Wiredscore sur la connectivité des immeubles, le label Well pour les quartiers, le label BiodiveCity pour valoriser la biodiversité dans nos projets.

Au-delà des réglementations, nous portons des convictions. Nous sommes des acteurs engagés pour lutter contre le changement climatique en développant une RSE orientée clients. Le sujet de la RSE est intégré de plus en plus en amont de nos réflexions. Nous parlons aujourd’hui de performance verte, c’est-à-dire que nous créons autant de la valeur patrimoniale que de la valeur en termes de qualité de décarbonation. La question qui se pose, c’est comment créer de la valeur pour nos clients à moyen terme sans en détruire à court terme. Quand la certification HQE a été rendue obligatoire il y a dix ans, cela a d’abord commencé par coûter plus cher, puis les surcoûts se sont lissés et, désormais, ils sont intégrés dès le démarrage de la conception. Dans le temps, ceux liés à la RE2020 diminueront avec l’évolution des matériaux et la maîtrise de nouveaux procédés constructifs.

Quel impact a eu la pandémie sur l’immobilier de bureau ?

Nos clients veulent davantage développer des immeubles qui ne soient pas standardisés et qui intègrent des services. L’idée, c’est que les salariés y soient mieux qu’à la maison ! La véritable difficulté, c’est que la société change très vite, or nous avons un métier de temps long. Nos projets d’aujourd’hui sortiront de terre d’ici trois à quatre ans, pour une durée de vie très longue. Est-ce que ce que l’on produit aujourd’hui sera adapté aux modes de vie des années à venir ? Nous devons y réfléchir. C’est important car personne n’avait vu venir la pandémie, mais des immeubles y ont résisté mieux que d’autres parce qu’ils étaient plus ouverts, plus aérés, avec plus de services évitant de trop sortir. C’est ce que nous avons fait par exemple pour notre nouveau siège à Paris, un immeuble "post pandémie" conçu bien avant. Notre métier doit savoir à la fois comprendre et anticiper les tendances tout en développant des projets adaptables, mutables et sobres. ■

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