Aurélie Baudhuin, la directrice de la recherche ISR de Meeschaert, est la porte-parole des onze investisseurs ayant déposé une résolution pour l'assemblée générale de Total., @Meeschaert

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Résolution chez Total : "L'entreprise perd du terrain sur la stratégie climat", Aurélie Baudhuin (Meeschaert AM)

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 16/04/2020

Onze investisseurs européens, dont LBPAM, Ecofi, Crédit Mutuel AM, Sycomore, etc., ont déposé une résolution climat pour l’assemblée générale de Total. Ils veulent inciter le pétrolier à aller plus loin et plus vite dans sa transition vers une économe bas carbone. Aurélie Baudhuin, la porte-parole du groupement, revient sur le parcours semé d’obstacles de la résolution.

Onze investisseurs européens ont décidé de briser les tabous ! Ils viennent de déposer une résolution pour l’Assemblée générale de Total du 29 mai prochain, pour demander au pétrolier de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Une initiative rare en France, dans laquelle se trouvent Actiam, Candriam, Crédit Mutuel AM, les assurances du Crédit Mutuel, Ecofi Investissements, Friends Provident Foundation, Fédéral Finance Gestion, La Banque Postale AM, Meeschaert AM et Sycomore AM. Ensemble, ils ont pu rassembler 1,35 % du capital de la major pétrolière française, bien au-delà des 0,5 % requis par la loi.

Aurélie Baudhuin, directrice de la recherche ISR de Meeschaert AM et porte-parole des onze investisseurs, explique à l’Essentiel de la Finance Durable que le groupement d’investisseurs demande une modification des statuts de Total, pour que le rapport de gestion de l’entreprise détaille la stratégie climat. 

Que demandez-vous à Total ?

Nous demandons que Total se fixe des objectifs concrets et mesurables de réduction de ses émissions qui prennent en compte le scope 3, alors que la stratégie actuelle se limite aux scopes 1 et 2. Il y a eu beaucoup d’évolutions sur ce point et la question du scope 3 commence à être abordée par ses pairs, notamment par BP, ce qui est une bonne nouvelle. Notre sentiment, c’est que Total est en train de perdre du terrain sur la stratégie climat. 

Nous avons organisé une conférence téléphonique avec Total le 16 mars. L’entreprise a réitéré son idée selon laquelle le scope 3 était plutôt de la responsabilité des pouvoirs publics. 

Pourquoi demandez-vous un changement des statuts ?

Il y a quelques jours, des résolutions climat déposées chez Vinci n’ont pas été retenues par le conseil d’administration. Celui-ci considérait que cela relevait uniquement de ses prérogatives. Nous demandons quant à nous un changement des statuts, ce qui relève des prérogatives de l’Assemblée générale. Donc la prochaine étape, c’est la vérification par le conseil de Total que la résolution correspond bien aux compétences de l’Assemblée générale.

Une résolution en ce sens avait déjà été déposée chez Total en 2011, sans succès…

Il y a un sujet qui est la complexité administrative extrêmement forte entourant le dépôt d’une résolution. Il faut réunir beaucoup de documents sur la preuve de la traçabilité des titres, des attestations fonds par fonds sur les titres détenus, etc. Il faut ensuite tenir des délais très courts pour la déposer, puis attendre la décision de Total. Enfin, deux jours avant l’AG, il faut de nouveau justifier la détention des titres.

Face à cette complexité, le FIR (Forum de l’investissement responsable) a réagi pour demander de la simplification. Il propose aussi l’idée qu’il y ait un arbitre pour la recevabilité des résolutions, et pourquoi pas l’AMF. Le FIR propose aussi que les résolutions externes sur des questions environnementales ou sociales aient un statut à part, afin qu’elles soient possibles non pas en fonction du seuil de capital détenu par les actionnaires, mais en fonction du nombre de déposants. C’est important : nous commençons à être l’un des rares pays à avoir si peu de résolutions externes dans les AG.

Pensez-vous que ces résolutions seront d’autant plus importantes pour l’après crise sanitaire ?

Nous sommes arrivés à une sorte de croisée des chemins, intensifiée par la crise actuelle. Les questions de santé, d’environnement, etc., deviennent des sujets indispensables. La crise du coronavirus doit donner l’opportunité d’aller plus vite et plus loin dans la transition climatique. Cela fait partie des convictions profondes des onze co-déposants. 

Pourquoi Climate Action 100+ ne fait partie des déposants ?

Nous sommes un certain nombre, dont Meeschaert, à faire partie de cette initiative. Je pense que les deux méthodes sont complémentaires. Climate Action 100+ est sur une position de dialogue avec Total et nous voulions envoyer un signal fort pour aller plus vite. 


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